Sécuriser votre organisation face aux ransomwares : conseils et solutions
Les ransomwares n’en finissent plus de sévir et s’attaquent aujourd’hui en priorité aux entreprises. Leurs conséquences sont désastreuses : perte de données, interruption d’activité, atteinte à l’image… La meilleure défense contre cette menace reste la préparation. Nous vous recommandons les mesures indispensables à mettre en place pour sécuriser votre entreprise.
Appréhender les menaces et techniques des ransomwares
Les ransomwares (rançongiciels) s’imposent aujourd’hui comme l’une des cybermenaces les plus redoutées par toutes les organisations. Ce type de logiciel malveillant permet de chiffrer ou de bloquer l’accès aux données d’une organisation. Les ransomwares exigent le paiement d’une rançon – généralement en cryptomonnaie – pour restituer l’accès aux données. Le paiement de la rançon ne garantit pas pour autant la récupération des données.Le potentiel d’impact est considérable : paralysie totale d’une organisation, pertes financières énormes, atteinte à la réputation qui peut être durable, répercussions légales (protection des données personnelles…).
Les cybercriminels utilisent une multitude de vecteurs d’attaque pour implanter leurs ransomwares. Les emails de phishing contenant une pièce jointe malveillante ou un lien piégé restent le moyen le plus courant. Il existe également des attaques basées sur des vulnérabilités logicielles non patchées, un accès distant mal sécurisé (RDP), une clé USB infectée, etc. D’autres techniques consistent à naviguer sur un site compromis ou à détruire les sauvegardes pour rendre toute récupération impossible.Les groupes de cybercriminels organisés et soutenus par des États perfectionnent sans cesse leurs techniques, rendant de plus en plus difficile la détection et la prévention des ransomwares.Récemment, des attaques massives comme Petya ou WannaCry ont paralysé des secteurs entiers – un exemple frappant étant celui du cabinet d’avocats DLA Piper dans le monde entier.
Certains ransomwares ne se contentent plus de chiffrer des données. Ils ont désormais recours à la « double extorsion » : en plus du chiffrement des fichiers, ils menacent de publier sur internet des données sensibles volées si la rançon n’est pas payée. Cette évolution augmente la pression sur les victimes et souligne la nécessité d’une vigilance accrue à tous les niveaux de l’entreprise. Les principales cibles sont les PME, généralement plus faciles à attaquer que les grandes entreprises, ainsi que le secteur public. Les ordinateurs constituent la majorité des systèmes affectés (78%), suivis des téléphones mobiles (37%) et des serveurs (34%). Le nombre d’attaques ne cesse d’augmenter, notamment durant les périodes creuses et dans les environnements complexes ou multicloud. En 2023, 59% des entreprises françaises ont été victimes d’un ransomware, la rançon moyenne s’élevant à plus de 4 millions de dollars, tandis que 60% des entreprises touchées finissent par céder (pour un montant moyen d’environ 2 150 $). De plus, 19% des demandes d’assistance reçues par nos équipes en cybersécurité concernent les ransomwares, et 79% des PME ayant subi une attaque ont été victimes de techniques d’ingénierie sociale.
Comment prévenir les attaques ? Les bonnes pratiques et outils à mettre en œuvre
Le premier rempart contre les ransomwares est la prévention, qui repose sur un socle de bonnes pratiques organisationnelles et d’outils techniques. La sensibilisation des collaborateurs fait partie intégrante de ce socle : des campagnes de formation aux risques du phishing menées à intervalles réguliers et des ateliers de simulation permettent de réduire le risque d’erreur humaine, première cause d’entrée en matière dans les attaques.Lutter contre le shadow IT, c’est-à-dire les outils et applications non validés difficiles à repérer parce qu’utilisés sans l’aval des équipes informatiques, fait également partie des priorités.
Pour maximiser cette prévention, il est indispensable de mettre en œuvre plusieurs actions simultanément afin de constituer une barrière infranchissable face aux cybermenaces :
- Élaborer une politique de gestion des mots de passe rigoureuse, précisant leur complexité, le délai de renouvellement et l’usage d’un gestionnaire de mots de passe robuste.
- Implémenter une surveillance active des systèmes à l’aide de solutions de détection d’intrusion (IDS/IPS) et d’analyses comportementales pour identifier les comportements suspects au plus tôt.
- Réaliser régulièrement des audits de sécurité et des tests d’intrusion (pentests) pour vérifier la résistance des dispositifs en place et corriger les vulnérabilités détectées.
- Mettre en œuvre des solutions de chiffrement des données sensibles, qu’elles soient stockées ou en transit, afin de limiter les dégâts d’une éventuelle compromission.
- Avoir un plan de réponse aux incidents clair, actualisé régulièrement, organisant la coordination entre équipes IT, communication interne et externe et collaboration avec les autorités compétentes.
- Recourir à des solutions d’analyse des journaux (SIEM) pour centraliser et faire correspondre les événements de sécurité afin de disposer d’une vision globale et réactive.
- Favoriser une culture cybersécurité partagée par tous les niveaux hiérarchiques, avec une forte implication de la direction assurant la mise à disposition des ressources nécessaires.
Sur le plan technique, il est crucial d’effectuer des mises à jour régulières des logiciels et systèmes d’exploitation pour corriger les failles de sécurité exploitées par les cybercriminels. L’installation d’une solution antivirus/antimalware robuste capable de détecter les comportements suspects s’impose aussi. Les outils de filtrage des emails et du navigateur web permettent également de neutraliser les tentatives phishing ou le téléchargement de fichiers malveillants. Il est recommandé d’opter pour une architecture de sécurité multicouche et d’appliquer le principe zero trust (en français : confiance zéro), qui restreint l’accès aux ressources uniquement à celles strictement nécessaires et segmente le réseau dans le but de ralentir la propagation d’une attaque éventuelle.
Une bonne gestion des accès, associée à l’utilisation de l’authentification multifacteur (MFA) pour les connexions aux ressources sensibles, réduit considérablement les risques d’intrusion. S’appuyer sur des benchmarks de sécurité reconnus (NIST, CIS…) permet de structurer et d’évaluer les politiques de sécurité mises en place. Enfin, avoir des sauvegardes régulières, vérifiées et externalisées – de préférence hors ligne ou immuables, dans des environnements isolés – permet de restaurer les données en cas d’attaque sans céder à la demande des cybercriminels. Cette gestion proactive de la cybersécurité permet de renforcer la résilience de l’organisation face aux menaces.

Que faire si vous êtes victime d’une infection par ransomware ?
Malgré toutes vos précautions, vous ne serez jamais à l’abri d’une attaque réussie. Face à une infection par ransomware, votre réflexion et votre action doivent être immédiates pour limiter les dégâts. La première chose à faire est d’isoler la machine concernée pour éviter la propagation du malware à l’ensemble de votre système. Coupez l’accès à Internet, débranchez les équipements compromis et bloquez les comptes utilisateurs potentiellement affectés. Vous devez également conserver les preuves de l’infection (fichiers journaux, notifications système, etc.) et analyser l’origine de l’attaque afin de faciliter les investigations et comprendre la faille exploitée.
Ne payez surtout pas la rançon ! Même si c’est ce que demandent les cybercriminels, vous ne pourrez jamais être sûrs de récupérer vos données. De plus, en agissant ainsi, vous encouragerez les pirates à poursuivre leurs menaces. Mieux vaut plutôt alerter les autorités compétentes (en France : l’ANSSI) et demander le soutien d’experts en cybersécurité pour mesurer l’ampleur de l’attaque et tenter de restaurer vos données à partir des sauvegardes non compromises. Si des données personnelles sont concernées, vous aurez 72 heures pour notifier la CNIL. Vous devrez également déposer une déclaration de plainte dans ce même délai si vous souhaitez activer une assurance cyber en cas d’attaque. L’anticipation est la clé : être préparé à gérer une crise – en constituant une équipe dédiée aux incidents, en créant des plans de réponse et de reprise régulièrement testés – permettra d’être réactif face à cette situation pourtant redoutée. La meilleure option reste toujours la restauration depuis des sauvegardes saines plutôt que la négociation avec les cybercriminels.
Enfin, n’hésitez pas à tirer des enseignements de l’incident en le documentant et en procédant à une analyse post-incident. L’objectif est d’identifier les failles qui ont été exploitées, d’ajuster les procédures internes et de renforcer la sécurité de l’organisation dans son ensemble. Une communication claire après l’attaque, aussi bien en interne qu’en externe, contribue à préserver la confiance des parties prenantes et à limiter l’impact réputationnel.
Bâtir une stratégie de cybersécurité résiliente et proactive
En effet, la lutte contre les ransomwares ne peut être considérée comme un simple exercice ponctuel. Il s’agit d’un processus continu qui doit faire partie intégrante d’une réelle stratégie de cybersécurité. Cette dernière débute par l’évaluation des risques et des vulnérabilités spécifiques à l’organisation, effectuée régulièrement au fil du temps. Les résultats des audits réguliers effectués en interne permettent de déterminer des priorités et d’allouer les ressources nécessaires pour renforcer les points faibles identifiés. Aucune organisation n’est totalement à l’abri : il est donc indispensable d’adopter une approche proactive, multidimensionnelle et anticiper les différentes possibilités d’attaques, même celles qui peuvent sembler les plus catastrophiques.
Outre le développement d’une culture de cybersécurité qui implique tous les collaborateurs, il est essentiel de mettre en place une politique de sécurité claire, accessible et connue de chacun. Celle-ci devra préciser les comportements attendus des employés, les procédures à suivre en cas de suspicion d’incident ainsi que les responsabilités de chacun dans la gestion de la sécurité informatique.Les entreprises doivent revoir régulièrement leur politique sécurité, notamment à la lumière des nouvelles menaces détectées par les organisations partenaires.
Etre proactif signifie aussi recourir à des outils avancés d’analyse comportementale, de détection des intrusions (IDS/IPS) pour prévenir les menaces pesant sur le réseau informatique ainsi que des solutions de réponse automatisée aux incidents (SOAR). L’importance d’une réponse rapide en cas d’attaque ainsi que la planification approfondie des scénarios potentiels de crise ne doivent pas être sous-estimées. Enfin, le recours à des partenariats avec des experts externes tels que Cybereason et l’ISR ainsi que la participation active à la veille cyber sont également indispensables pour rester informé des dernières tendances et renforcer la résilience face à l’évolution constante des ransomwares.